Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir ce sujet de recherche?
Depuis que les États-Unis ont envahi l’Iraq en 2003, la mesure de l’efficacité est devenue un sujet brûlant dans le monde des opérations de paix. C’est l’Iraq qui a vraiment été à l’origine du débat parce que le gouvernement des États Unis ne savait ni combien il dépensait pour tenter d’instaurer la démocratie dans ce pays, ni pour quelles activités exactement. Six ans plus tard, il n’existe toujours pas de paramètres pour évaluer les progrès d’interventions menées dans des pays comme l'Afghanistan, Haïti et le Libéria. Nous ignorons donc si ce que nous faisons est bien et si nous le faisons bien. Comme les intervenants en cause ont des façons différentes de mesurer l’efficacité, le Service de la recherche du Centre Pearson pour le maintien de la paix a voulu trouver de meilleures manières de procéder afin de rendre les missions de paix généralement plus efficaces.
Quel est le message le plus important qui peut être dégagé de votre livre?
Plutôt que d’« efforts communs » des intervenants dans les opérations de paix, nous devrions nous attacher à une « compréhension commune ». Que cela nous plaise ou non, les opérations de paix se déroulent dans un espace commercial commun et pour en évaluer les aspects importants, il nous faut absolument comprendre les rôles et les responsabilités des divers intervenants qui s’y trouvent.
À qui et comment ce livre sera-t-il profitable?
Les intervenants dans les opérations de paix – civils, policiers, fonctionnaires, secteur privé, populations touchées et militaires – auront tout à gagner de la lecture de Measuring What Matters in Peace Operations and Crisis Management. Le livre donne un bon aperçu de leurs visions du monde respectives ainsi que des mécanismes et des outils permettant de mesurer ce qui compte le plus dans les activités d'intervention.
Comment ce livre pourrait-il influer sur les politiques des opérations de paix?
Le livre propose à la communauté internationale une série d’orientations qui pourraient l’amener à prendre des décisions éclairées et à adopter les paramètres voulus pour évaluer les progrès réalisés autour du monde. À mesure qu’évolue le milieu des opérations de paix, la communauté internationale doit adapter ses politiques et ses façons de faire. Le livre offre des lignes directrices à cette fin.
Pourquoi accordez-vous tant d’importance à l’évaluation des progrès?
Si nous ne comprenons pas où nous en sommes, nous ne saurons pas vers quoi nous diriger. Les intervenants dans les opérations de paix savent très bien mesurer leur propre rendement, un peu à la manière d’une vérification, mais on s’intéresse peu à la valeur de nos interventions et à leur incidence dans des pays comme l'Afghanistan. Si nous ne pouvons pas évaluer comme il se doit les répercussions de ce que nous faisons, nous ne pourrons pas rajuster le tir pour obtenir les résultats positifs souhaités, soit des sociétés paisibles et stables.
Au cours des entrevues, quel constat vous a le plus étonnée?
Pour rédiger ce livre, nous avons mené plus de 80 entrevues dans neuf pays. Les propos recueillis qui m’ont le plus étonnée, et ils ont été formulés par la plupart des personnes interrogées, laissaient entendre qu’il y a un véritable manque de synergie entre les intervenants pour ce qui est de mesurer l'efficacité. Personne ne semblait savoir ce que faisaient les autres. L’armée fait certaines choses, tandis que les civils engagés dans des projets humanitaires, les représentants des gouvernements, la police civile et les pays hôtes ont tous leurs propres critères pour évaluer ce qui compte à leurs yeux. J’ai trouvé intéressant de constater qu’en dépit des progrès réalisés au sein de la communauté internationale, il existe encore de grandes divisions entre des parties qui, pourtant, s’entendent bien sur d’autres points.
Vers où se dirigeront désormais vos recherches dans ce domaine?
Le Service de la recherche du Centre Pearson pour le maintien de la paix incorporera les fruits de nos travaux à ses activités d’éducation, de formation et de renforcement des capacités et y intégrera un module d’apprentissage et un manuel sur l’évaluation des aspects importants. Nous avons également créé un réseau de recherche en ligne afin de pousser plus loin les travaux menés pour la rédaction du livre. Les spécialistes intéressés n’ont qu’à communiquer avec moi par courriel à smeharg@peaceoperations.org et nous les inviterons à s’y joindre.
